Journal d'une confinée

Journal d’une confinée #43 : le dilemme cornélien du confiné

Mardi 28 avril

Confinement : J43 // Ressenti : une tragédie en 10.000 actes

Photo libre de droits – karatara

Cher corona,

On connaissait les fameux dilemmes cornéliens, le choix de Sophie*, le choix entre la team ketchup, mayo ou sauce Bicky, et maintenant y’a le choix du confiné. Tu dois bien te demander ce qu’on peut bien choisir alors qu’on est confiné. Et ben, le choix du déconfinement, pardi !

On est en démocratie, on nous demande notre avis, même si on n’a plus trop d’avis. Et ça concerne ce que nous avons de plus précieux (et je ne parle pas de la machine à pain même si elle nous sert vachement bien). Les grands chefs ont parlé : déconfinement il y aura, les enfants tu enverras.

Concrètement, les enfants peuvent retourner à l’école avec pleins de si. Et avec des si on met les parents en état de stress. Alors, les écoles nous envoient des sondages pour savoir si on a choisi entre les envoyer ou les garder. En gros, j’aurai préféré qu’on me demande de choisir entre une jambe en bois ou une jambe en mousse (quoi tu ne connais pas ce jeu débile ?!)

Je les envoie, mais ils risquent de choper ta saloperie,

Alors je les garde, mais ils ont besoin d’un lien avec l’école,

Alors je les envoie, mais ils vont avoir du mal avec les distances sanitaires,

Alors je les garde, mais ils ont besoin de renouer avec le monde extérieur,  

Alors je les envoie, mais ce n’est peut-être pas une bonne idée,

Alors je les garde, mais comment je vais bosser,

Alors je les envoie, mais ils vont devoir porter un masque ou pas,

Alors je les garde, mais je suis une piètre maîtresse d’école,

Alors je les envoie, mais… ainsi de suite

Ne cherche pas, ça fait trois heures que ça tourne en boucle dans ma tête.

Monsieur ne sait même pas trop quoi me dire, il se contente de hocher la tête, mais je sens qu’il est à deux doigts de faire sceller la porte pour nous empêcher de sortir. Je pense à tous les directeurs.trices et enseignant.e.s qui doivent s’arracher des cheveux qu’ils ont certainement bien trop longs avec ce confinement.

Et voilà, voilà mon dilemme cornélien. Je suis à un carrefour, je dois faire un choix et je n’ai pas d’oracle ou de Cassandre pour m’aider. Et tu connais l’ironie du sort ? La situation choisie ne se fera peut-être même pas. Tout dépend de ton choix à toi, petit corona. Comme disait Pierre : « Je sens couler des pleurs que je veux retenir – Le passé me tourmente, et je crains l’avenir. » (Le Cid). Ô corona, as-tu du cœur ?

*roman de William Styron (1979)

La rédac' en basket

hello@laredacenbasket.fr

Commentaires

Papou & Mamou
1 mai 2020 à 9 h 33 min

C’est tellement vrai ! … et quelle culture littéraire… J’ai bien étudié le Cid à l’école, mais c’est devenu un souvenir très flou… Bref, ce n’est toujours que du bonheur de lire chaque jour ton blog… Et, entre nous, vivement que le ciel s’éclaircisse (dans les deux sens du terme) que nous puissions retrouver nos chères têtes blondes et brunes qui nous manquent tant…
Continue, ne change rien, tu es notre rayon de soleil du matin !



Isabelle
1 mai 2020 à 10 h 09 min

Oui continue à écrire , j’ai vraiment hâte de te lire tous les matins.
Bravo et à demain



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