Journal d'une confinée

Journal d’une confinée #49 : comme un lundi

Lundi 4 mai

Confinement : j49 / ressenti : mille ans

@photo libre de droits – JÉSHOOTS

Cher corona,

Ici, ça va comme un lundi. On est censé attaquer la dernière semaine de confinement. Et je ne peux m’empêcher d’être sceptique. Mon scepticisme se traduit par un enthousiasme fortement contenu et une crainte assez peu dissimulée. J’attends que ma joie revienne, mais elle ne reviendra pas de sitôt. Et si tu veux que ma joie revienne, le mieux est que tu sois définitivement parti. Parti pour toute la vie. Pfiou, comme ça.

Nos grands chefs nous ont prévenu : notre vie d’avant, ce n’est pas pour maintenant. Mais je n’ai jamais aimé les entre-deux, les « en attendant que », les « on verra »…  Et puis, je ne sais même pas si je veux retrouver ma vie d’avant. Finalement, celle d’aujourd’hui, elle n’est pas si mal que cela.

Bon, je t’avoue que des jours, je suis un peu nostalgique de ma course contre la montre du lundi. De ce moment où je jette les cartables dans la voiture en criant « dépêchez-vous, on est en retard », de ce moment où je chante à tue-tête sur la route pour réveiller les petites mines fatiguées, de ce moment où je cours dans la rue en maudissant ces foutus cartables à roulettes, de ce moment où je salue d’un grand bonjour les autres parents toujours plus à l’heure que moi, de ce petit bisou collant qui veut dire « à tout à l’heure maman »…  J’ai l’impression que c’était il y a mille ans. Et peut-être que c’était vraiment il y a mille ans.

On est quand même de drôles d’animaux paradoxaux. Jamais on n’aurait imaginé être confiné. Aujourd’hui, on a l’impression d’avoir toujours vécu ainsi et notre grand changement, ça sera ce déconfinement.

Alors, aujourd’hui, ça va comme un lundi. La course contre la montre du matin est encore un peu toujours là : on ouvre les cartables, on prépare le plan de bataille, on allume les ordinateurs, on encourage les petites mines fatiguées… et surtout on a encore le droit au bisou collant. Mais celui-ci veut plutôt dire « tu veux bien m’aider, maman ? ».

Alors, ici comment ça va ? Comme un lundi. Un lundi d’aujourd’hui.

La rédac' en basket

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